Azeb Wolde-Giorghis. Photo: Radio-Canada.

Née en Éthiopie, journaliste de terrain depuis plus de 25 ans, Azeb Wolde-Giorghis prend les commandes du Téléjournal de fin de soirée de Radio-Canada dès le 17 août 2026. Correspondante à Washington, à Londres et pionnière du premier bureau africain de Radio-Canada, elle succède à Céline Galipeau avec une feuille de route impressionnante. Une nomination historique qui célèbre l'excellence noire dans les médias canadiens.

Radio-Canada vient d'annoncer une nomination qui retiendra l'attention bien au-delà des cercles médiatiques. Azeb Wolde-Giorghis devient cheffe d'antenne du Téléjournal de fin de soirée à compter du 17 août prochain, du lundi au jeudi à 22 h sur ICI TÉLÉ et à 21 h sur ICI RDI. Elle succède à Céline Galipeau, figure emblématique du journalisme télévisé québécois, qui animera une nouvelle émission d'information internationale diffusée le vendredi à 20 h sur ICI RDI et le dimanche à 17 h sur ICI Télé.

Pour les communautés afrodescendantes du Canada, cette nomination revêt une importance particulière. Azeb Wolde-Giorghis incarne un parcours à la fois singulier et profondément canadien: celui d'une femme née en Éthiopie, formée à Montréal, qui a sillonné la planète pour rendre compte du monde avec rigueur et profondeur, avant de revenir occuper l'un des postes les plus en vue de l'information francophone au pays.

Un parcours ancré dans l'histoire du journalisme canadien

Née en Éthiopie, Azeb Wolde-Giorghis a grandi à Montréal après que sa famille ait été contrainte à l'exil dans les années 70 à cause des troubles politiques dans son pays d'origine, une histoire qu'elle a racontée dans le documentaire L'Éthiopie de mon cœur, sorti en 2020. Diplômée en sciences politiques, elle a fait ses premières armes à Radio-Canada vers la fin des années 80, d'abord à Winnipeg, à la radio, peu après le grand débat autour de l'accord du Lac Meech.

Elle a ensuite travaillé en Saskatchewan, puis dans les provinces de l'Atlantique, avant de se tourner vers la scène internationale. Elle a ouvert le premier bureau de Radio-Canada en Afrique, à Abidjan, en Côte d'Ivoire, puis a été correspondante à Londres de 2001 à 2010 pour les réseaux de CBC et Radio-Canada. De retour au Canada, elle a couvert l'actualité nationale avec la même constance, notamment la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, la campagne électorale québécoise de 2014 et la Commission vérité et réconciliation sur le drame des pensionnats pour Autochtones. Basée à Washington depuis 2021, elle a couvert les deux dernières élections présidentielles américaines, témoignant de l'actualité politique et sociale des États-Unis avec rigueur et profondeur.

Sa trajectoire trace en filigrane l'histoire contemporaine du monde. Voici un aperçu des grands chapitres de cette carrière remarquable:

  • Manitoba et provinces de l'Atlantique — débuts à la radio de Radio-Canada, couverture des enjeux politiques canadiens au tournant des années 1990
  • Abidjan, Côte d'Ivoire — ouverture du premier bureau africain de Radio-Canada; reportages sur les conflits et les mutations politiques du continent
  • Londres (2001-2010) — correspondante pour CBC et Radio-Canada; couverture de l'Europe et des grands enjeux mondiaux de la décennie
  • Montréal (années 2010) — couverture de l'actualité canadienne, des élections, de la Commission vérité et réconciliation
  • Washington (2021-2026) — correspondante pour les deux dernières présidentielles américaines, chronique quotidienne de la montée des tensions politiques aux États-Unis

Une journaliste primée, reconnue pour l'excellence

Le palmarès d'Azeb Wolde-Giorghis témoigne d'une carrière consacrée à un journalisme exigeant, ancré dans la réalité des gens. Ses distinctions couvrent un large éventail, du journalisme de guerre à la qualité du français, en passant par la couverture des droits humains.

Parmi ses prix les plus significatifs:

  • Prix Raymond-Charette (2022) — soulignant la qualité du français en journalisme
  • Reporter de l'année, Gala Dynastie (2022 et 2024) — deux distinctions au sein de la même compétition, signe d'une constance rare
  • Prix de journalisme d'Amnistie Internationale (1996) — pour ses reportages sur le retour des Hutus au Rwanda, deux ans après le génocide
  • Prix Bayeux des correspondants de guerre (1999) — pour sa série de reportages sur la guerre civile en Sierra Leone
  • Palmarès des 100 jeunes leaders canadiens de moins de 30 ans du Globe and Mail (2000)
  • Prix d'excellence de la Canadian Medical Association (2002) — pour le documentaire Chains of Fear, sur le traitement de la maladie mentale en Afrique

Le sens d'une nomination

La directrice générale de l'Information de Radio-Canada, Crystelle Crépeau, souligne qu'Azeb Wolde-Giorghis arrive à la barre du Téléjournal avec une riche expérience journalistique sur le terrain et que sa compréhension de l'actualité politique nord-américaine et des enjeux mondiaux s'inscrit bien dans la mission de cette édition du rendez-vous. Dans un paysage médiatique saturé d'information en temps réel, le Téléjournal de fin de soirée mise sur l'analyse et la mise en perspective. C'est précisément ce créneau qu'Azeb Wolde-Giorghis a cultivé tout au long de sa carrière.

Elle précise elle-même qu'elle voit ce poste comme un rôle de journaliste, là pour mettre les autres en valeur, et que sa façon de ramener son expérience de terrain en studio passe par la proximité avec les gens et par la diversité des opinions et des voix. Cette vision du journalisme, centrée sur l'humain, s'aligne parfaitement avec le ton que Radio-Canada cherche à donner à son édition de fin de soirée.

Après des années à couvrir une administration Trump qui remettait en question des libertés fondamentales comme la liberté de la presse et le premier amendement, elle dit apprécier encore davantage la solidité du service public canadien. «On est encore très chanceux ici», a-t-elle confié, en référence à la télévision publique canadienne.

Une figure, une époque, un héritage

La passation de pouvoir entre Céline Galipeau et Azeb Wolde-Giorghis dépasse la simple rotation de postes. Après 18 années passées à la barre du Téléjournal de fin de soirée, Céline Galipeau passera officiellement le flambeau le 17 août prochain. Succéder à une journaliste de cette envergure après presque deux décennies implique une pression considérable. Azeb Wolde-Giorghis en est parfaitement consciente. Elle l'a dit elle-même: succéder à une figure aussi emblématique, qui a tenu ce rôle pendant 18 ans avec brio, impose un standard, et elle entend être à la hauteur.

Pour la communauté afrodescendante canadienne, voir une femme noire, née en Éthiopie, formée au Québec, ayant couvert le monde entier, prendre les commandes du bulletin de nouvelles francophone le plus regardé en fin de soirée, c'est une reconnaissance symbolique forte. Elle n'arrive pas par hasard à ce poste. Elle y arrive au bout d'une carrière construite patiemment, segment par segment, terrain après terrain, prix après prix. Dans un monde où les récits noirs sont trop souvent absents des salles de rédaction et encore plus rares derrière les pupitres des grands journaux télévisés, la nomination d'Azeb Wolde-Giorghis envoie un signal clair sur ce que le journalisme canadien peut et devrait être.

Le rendez-vous est fixé au 17 août. Soyez au poste.

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